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LAURENT TILLEAU LARGUE LES AMARRES APRÈS 43 ANS DANS LA VOILERIE

Laurent Tilleau, technico-commercial et expert IRC chez North Sails France à Vannes, prend sa retraite.

Laurent aux commandes du JPK 1180 Cocody – Armen Race 2019

Après une carrière longue de 43 ans dans l’industrie de la voilerie, dont 17 ans au service de North Sails France en tant que technico-commercial, Laurent Tilleau prend sa retraite. Ce régatier amateur dans l’âme se consacrera désormais pleinement à la navigation tout en restant disponible auprès de ses clients avec lesquels il a noué une véritable relation de confiance.

Le pied marin dès l’âge de 3 ans

Sociable, passionné et sensible, voilà trois qualités qui définissent Laurent Tilleau, technico-commercial à la voilerie North Sails Vannes qu’il a intégrée en février 2005 et qu’il quittera fin mai 2020 après 17 ans de bons et loyaux services. Cet homme au regard bleu profond, aujourd’hui âgé de 67 ans et père de trois enfants, a derrière lui une longue carrière dans le secteur de la voilerie mais aussi comme navigant amateur. Originaire d’Angers, c’est dès l’âge de 3 ans qu’il baigne dans le milieu de la voile et met le pied sur un bateau. « Petit, je passais quinze jours de vacances chez mes grands-parents qui louaient une maison à l’année à Saint-Pierre Quiberon et où mon père possédait un monotype de Meulan de 4,5 mètres, raconte-t-il, un brin de nostalgie dans la voix. À mes six ans, mes parents m’ont emmené faire de la petite croisière dans la baie de Quiberon, autour des îles de Houat et Hoëdic sur notre deuxième voilier, un Corsaire. » Des expériences de navigation que le jeune mousse savoure pleinement et qui le mènent à poursuivre sa formation de voile. Il s’initie au dériveur sur un Vaurien, puis en catégorie Moth Europe et continue sa pratique sur un Star dans le bassin de la Maine à Angers et sur le Victorian familial en Bretagne avec ses parents.

L’appel de la voile et de la Bretagne

La voile devient une véritable passion pour Laurent. Ce dernier décide de quitter sa ville natale pour la Bretagne, région qu’il affectionne tout particulièrement et où il a élu domicile depuis ses 22 ans. Il s’installe à la Trinité-sur-Mer, petite station balnéaire qui s’impose dans les années 1980 comme la « Mecque de la voile ». Les régatiers y viennent nombreux et s’entraînent dans la baie de Quiberon toute l’année. Les parcours organisés durant les week-ends représentent un formidable tremplin pour les futurs coureurs au large devenus grands marins au fil des ans. Des pionniers de la régate trinitaine aux nouvelles générations, on citera entre autres Éric Tabarly, André Viant, Loïc Caradec, Éric Loizeau, Sylvie Vanek, Thomas Coville, Marc Guillemot, Yves Le Blevec, Francis Joyon, Corentin Horeau et Julien Villion.

À son installation à la Trinité en 1975, Laurent continue à régater sur des bateaux de propriétaires de la région. Son goût pour le contact, l’échange et le partage le mène à faire plusieurs rencontres dans le milieu nautique et à participer à sa première grande compétition. Il est alors embarqué à bord de la goélette Grand Louis skippé par Jimmy Viant pour le Triangle Atlantique, une boucle de six mois au départ de Saint-Malo avec une descente de l’Atlantique, des escales à Cape Town et Rio et un retour à Portsmouth. De cette course, il garde de formidables souvenirs, « une aventure palpitante et un beau périple », évoque-t-il. Son équipage termine sur la 3e marche du podium au classement général. Et c’est Éric Tabarly aux commandes de Pen Duick 6 qui remporte cette première édition.

Laurent au centre (en rouge), entouré de Philippe Poupon, Gérard Dupuy et Jean-Yves Furic à bord du Grand Soleil Race 45 “Bigouden Blues”- Obélix Trophy 2005 à Bénodet.

De coupeur à technico-commercial

De retour de son expédition fin avril 1976, Laurent exerce différents métiers, d’abord comme technicien au chantier naval Vanek, puis moniteur de voile pour la Société Nautique de la Trinité (SNT) avant de trouver un poste de coupeur/sail maker à la voilerie Tasker Bretagne à Vannes en 1977. Deux ans plus tard, à la suite d’un mouvement de grève, la voilerie Tasker est contrainte de mettre la clef sous la porte. Laurent et deux collègues décident de fonder leur propre structure. Technique Voile naît en 1980, basée au port de Tabarly à la Trinité-sur-Mer. Il y occupera diverses fonctions pendant onze ans, sur le plancher et dans les bureaux notamment en tant que responsable département spinnaker.

La passion de la régate le démange toujours autant et Laurent acquiert son premier bateau en 1980, un J 24, en copropriété avec un ami. Quand ils le revendront quelques années plus tard, le jeune marin se met à chercher des places d’équipier et devient barreur pour courir en IOR, en Jod 35 (près de 12 participations au Tour de France à la Voile) et First Class 8, puis principalement sur des Quarter Tonners et Half Tonners. Il participe à la Quarter Ton Cup de 1979 à San Remo à bord de Bigouden, puis sur des Half Tonners à partir de 1984.  Il prendra également part à deux Half Ton Cups : sur Skipper Elf Aquitaine en Écosse en 1984 et aux côtés d’Alain Gautier sur Concorde à Poole (Angleterre) en 1985 où ils terminent 4e. S’en suit l’année suivante un Tour de l’Europe en multicoque à bord de Ker Cadélac qui finira 2e sur le podium.

Après ses pérégrinations en mer, Laurent retourne à La Trinité-sur-Mer où il reprend durant la semaine son activité sur le plancher à la voilerie Technique Voile et passe tous ses week-ends à régater, hiver comme été. Les années passant, il rencontre de nombreux propriétaires sur l’eau et échange beaucoup avec eux. On le sollicite souvent pour des conseils sur les voiles. Il se convertit alors naturellement en technico-commercial et le restera jusqu’à ce jour. « Au début des années 1980, je m’occupais surtout de la clientèle IOR, précise Laurent. À l’époque, la Solitaire du Figaro se courait sur des Half Tonners pour être remplacés en 1988 par un monotype, le Figaro. Par la suite, j’ai géré la clientèle particulière en CHS qui a pris le nom d’IRC en 2000. »

Sa nature enjouée, sociable et bienveillante lui vaut d’établir des contacts avec aisance et de nouer une grande relation avec ses clients. « L’humain a une part importante dans la relation entre le client et la voilerie, avoue-t-il. De nombreux clients m’ont toujours suivi, quelle que soit l’enseigne pour laquelle j’ai travaillé et lorsque Technique Voile a été franchisée sous le logo North Sails fin 1987, la plupart d’entre eux ont choisi de m’accorder leur confiance et sont restés travailler avec moi, poursuit-il. Cela dit, North Sails a toujours bénéficié d’une excellente image dans le milieu nautique en raison de ses innovations permanentes. »

L’arrivée chez North Sails France. Un peu d’histoire…

C’est à La Rochelle en 1986 que la première voilerie North Sails ouvre ses portes dans l’hexagone, une petite structure gérée par un Australien établi dans la cité vendéenne. Cette époque marque également les débuts du multicoque en France avec les premiers géants de course comme le trimaran Fleury Michon, les catamarans Royale, Roger & Gallet et Elf Aquitaine, le foiler Charles Heidsieck ou encore Charente-Maritime. Ce nouveau segment de marché profite d’un vent porteur jusqu’à l’international. John Marshall et Jay Hansen de North Sails USA se rendent en France dans l’objectif de pérenniser la marque sur le territoire. Ils proposent une franchise aux gérants de Technique Voile qui acceptent de travailler sous l’enseigne américaine tandis que North Sails La Rochelle ferme ses portes en raison d’un rendement insuffisant. Grâce à l’appui financier de la maison-mère et des subventions de l’État français, l’entreprise – qui avait déjà investi dans des équipements high-tech en s’équipant par exemple de la première table de découpe au jet d’eau – devient l’unique établissement North Sails en France. Laurent y occupe un poste de responsable de l’atelier spis. La voilerie connaît un succès florissant mais de courte durée. Vendue à un nouveau propriétaire sous franchise en 1990, elle fait faillite à la suite d’une mauvaise gestion financière. North Sails cherche alors un nouvel emplacement et s’implante en 1999 au port du Crouesty (Morbihan) dans l’ancienne voilerie d’Yves Le Guil qui sera à son tour franchisée. La direction est reprise un an plus tard par Bruno Dubois, un Belgo-canadien et ancien directeur de North Sails Canada. Les activités de la filiale américaine se développent très vite et l’entreprise cherche à s’agrandir. Son chiffre d’affaires passe de 1 à 4 millions en trois ans. C’est à Vannes qu’elle trouve son nouveau port d’attache dans des bâtiments flambant neufs et plus spacieux aux côtés d’entreprises du secteur nautique, telles que le chantier Multiplast, les cabinets Finot/Conq et VPLP, avec lesquelles elle collabore de plus en plus. Quant à Laurent, il retrouve une place de commercial à Technique Voile une fois la compagnie reprise en main. Quelques années après, par l’intermédiaire de Philippe Oulhen, responsable commercial chez North Sails Vannes, il rencontre Bruno Dubois qui lui offre un poste de technico-commercial à plein temps. Laurent intègre la voilerie North Sails en février 2005 et ne la quittera désormais plus. Entre temps, le fabriquant de voile américain devient numéro un mondial grâce la création de tissus révolutionnaires qui ont donné naissance à des produits uniques et innovants comme la membrane 3DL en 1990 et le 3Di en 2010. En France, elle compte à présent plusieurs sites comprenant Mouans Sartoux dans le Sud, Vannes en Bretagne, le siège social et principal site de production, et Lorient, avec un nouvel atelier de service qui a récemment ouvert ses portes en janvier 2020.

Au sein des ateliers de production à Vannes, Laurent prend en charge une partie du secteur des bateaux classiques ainsi que la récente classe 40, une série de voiliers de 40 pieds née en 2007 et dont il s’occupera pendant cinq ans avant de passer le relais en 2012 à Alan Pennaneac’h. Par la suite, il gère, en plus de ses clients habituels, la clientèle IRC par le biais de sa participation à la majorité des régates en Atlantique (y compris toutes les éditions du Spi Ouest-France depuis 1978, soit 42 participations au total dont 3 victoires) et dans la Manche, aussi bien en équipage qu’en double. Ces régates IRC sont de plus en plus plébiscitées par les navigants. La Transquadra, l’une des compétitions majeures du calendrier IRC, attire chaque année un grand nombre de concurrents.

Laurent reconnaît que la voilerie North Sails n’a pas son égal dans ce secteur. C’est le constat qu’il fait quand il échange avec ses clients : « la marque North Sails, c’est un peu comme la ‘BMW’ de la voilerie », confie-t-il avec fierté.

En 2015, il songe à lever le pied. Mais sa passion inépuisable pour ce métier le pousse à prolonger de quelques années.  Il faut dire qu’il met beaucoup d’enthousiasme et de cœur dans la vie comme au travail. « J’aurais pu raccrocher en 2015 à 62 ans, mais ma motivation et le plaisir de bosser chez North sont restés intacts. Les différents directeurs qui ont suivi, Greg Evrard et aujourd’hui Gautier Sergent, m’ont toujours dit : « Tu pars quand tu veux », mais bon, il faut bien un jour laisser la place aux p’tits jeunes et surtout ne pas faire l’année de trop », conclut le doyen de North Sails France qui va désormais s’adonner pleinement à son autre passion : la navigation.