North Sails NEWS

QUENTIN PONROY, LE « DESSINATEUR DE TERRAIN », EMBARQUÉ DANS THE OCEAN RACE EUROPE

Quentin Ponroy, dessinateur de voiles à North Sails et navigant, est embarqué à bord de LinkedOut aux côtés de Thomas Ruyant dans la première édition de The Ocean Race Europe.

Quentin Ponroy (au centre) et Clarisse Crémer à bord de LinkedOut 📸 Pierre Bouras / TR Racing

Quentin Ponroy, dessinateur chez North Sails et régatier de talent s’engage aux côtés de Thomas Ruyant, skipper de LinkedOut (6e au Vendée Globe 2020-21) et de son équipage composé de Clarisse Crémer (skipper de Banque Populaire, 12e au Vendée Globe), Morgan Lagravière (co-skipper), Laurent Bourgue (boat captain) et François Pernelle (Responsable BE, LinkedOut) dans un nouvel événement nautique : The Ocean Race Europe. Une course au large basée sur le même concept que la compétition « mère » The Ocean Race (ex Volvo Ocean Race) qui se court en équipage mixte (une femme à bord) et avec escales. Elle patira de Lorient ce samedi 29 mai pour finir à Gênes en Italie en passant par l’Atlantique (Cascais, Portugal) et la Méditerranée (Alicante, Espagne). Elle réunit deux classes de bateaux dont sept V065 adaptés à ce format de course et cinq IMOCA conçus pour naviguer en solitaire. Ce sera un beau défi pour les marins habitués au solitaire de régater en équipage et pour les experts de la course en équipage de s’essayer aux IMOCA.

Dessinateur de voiles chez North Sails France depuis 6 ans, Quentin ne manque pas une occasion dès qu’il s’agit de naviguer. Que ce soit au service des marins pour parfaire un jeu de voiles – il se définit d’ailleurs comme un dessinateur de terrain – ou tout simplement pour régater. Même s’il compte plusieurs courses côtières et quelques transats en multicoques à son actif, il admet qu’en participant à The Ocean Race (TORE), il sort de sa zone de confort. Au-delà du défi sportif qu’implique ce challenge, pour North il analysera le comportement des voiles durant la course pour appréhender les limites de fonctionnement des formes volantes sous certaines conditions et mieux anticiper les conditions réelles. Ces données auront pour objectif de développer la prochaine génération de voiles. Dans un entretien accordé quelques jours avant son départ, Quentin évoque son implication dans ce projet de course où il mettra à profit ses talents de navigant tout comme son expertise en voile.

Thomas Ruyant (skipper de LinkedOut) et son équipage 📸 Pierre Bouras / TR Racing

Comment es-tu venu à participer à cette course ?

C’est une proposition de Thomas Ruyant et de son équipe à laquelle je ne m’attendais pas tant ces bateaux sont exigeants et les équipes navigantes réduites. Je suis très content de faire partie de cette équipe ultra compétente. Sur le plan humain, l’ambiance y est vraiment positive et conviviale. Toutes les conditions étaient réunies pour ne pas refuser une telle opportunité.

Quel est ton parcours de marin ? Est-ce ta première grande course au large en tant que navigant professionnel ?

Je suis plutôt un régatier de courses inshores et côtières. C’est notamment sur des petits bateaux que je me suis formé comme le Diam24 (11 participations au Tour de France dont 4 victorieuses) et le J80 (champion d’Europe). J’ai fait plusieurs transats en maxi multicoques dont une en course (The Bridge à bord de l’Ultim IDEC de Francis Joyon), mais cette TORE sera pour moi une première sur de nombreux aspects aussi bien sportifs que techniques : découvrir le fonctionnement d’un IMOCA en mode course, un nouveau format de course avec étapes, naviguer en équipage réduit… Je ne suis pas habitué à ce style de support et de compétition.

Quel poste auras-tu au sein de ton équipe ?

À cinq équipiers sur ce type de bateau, les postes sont assez polyvalents. Je serai particulièrement impliqué dans le réglage de voiles, ainsi que dans les manœuvres.

Avez-vous suivi un entraînement spécifique ?

Non, pas particulièrement. On a cherché à prendre nos marques à bord. Le timing entre la sortie de chantier du bateau et le départ étant très serré, avec l’équipage nous aurons au départ environ une semaine de navigation d’entraînement dans les jambes.

As-tu dessiné les voiles ?

Nous avons dessiné les voiles avec Antoine Koch (responsable voile chez LinkedOut), Gautier Sergent et Yann Andrillon, dessinateurs à North Sails France.

Avez-vous de nouvelles voiles ?

Non, pas pour cette course même si nous avons fait de grosses modifications sur certaines.

Quel œil de dessinateur apporteras-tu ?

J’essayerai d’expliquer pourquoi et comment nous avons conçu le plan de voilure et chacune des voiles avec Antoine Koch et je serai force de proposition pour continuer à faire évoluer les voiles du bateau. Je serai particulièrement à l’écoute et ouvert pour comprendre si l’utilisation est réelle. Nous avons effectivement des choix à faire dans le jeu de voile existant.

Qu’attends-tu de cette course ?

J’ai commencé à dessiner des voiles d’IMOCA pour le dernier Vendée Globe et les timings pour ces projets d’envergure sont serrés. Les IMOCA sont des machines hyper pointues qui passent beaucoup de temps en chantier ou en course. Les sessions de travail à l’eau pour nous techniciens sont souvent trop courtes, ce qui ne m’a pas permis de beaucoup naviguer. Je suis un dessinateur de terrain. Plus j’observerai les voiles évoluer en condition réelle, plus je pourrai être pertinent dans mon travail de conception. Donc, au-delà de l’aspect sportif, saisir l’opportunité d’aller en mer à bord de ces IMOCA dans de vraies conditions de course sur une période plus longue et être en confrontation avec d’autres bateaux pour lesquels j’ai aussi dessiné des voiles va me permettre d’appréhender des éléments qu’on n’a pas anticipés auparavant dans le design pur. Par exemple sur la coupe de l’America, on a une bonne idée de ce qui passe en termes de modélisation pour les AC75 qui naviguent sur des plans d’eau plats et que l’on filme en permanence. Mais en course au large, il y a encore des incertitudes liées aux conditions en mer, de nuit, à la météo, aux manœuvres, etc. On pourra se rapprocher encore plus de la réalité. On le voit bien avec le retour du Vendée Globe. Cela peut arriver qu’une voile casse, qu’elle soit moins satisfaisante ou dont le comportement est différent de ce qui a été prévu. Pourquoi ? En tant qu’équipier et dessinateur, je pourrai trouver des réponses à ces questions.

📸 Pierre Bouras / TR Racing

Quels aspects en particulier analyseras-tu ?

Je n’observerai pas TOUTES les voiles de la même façon. Les voiles de près comme la grand-voile sont plutôt satisfaisantes et proches de nos calculs d’après logiciels. Avec les retours positifs des skippers, nous sommes assez calés sur leur fonctionnement. En revanche, certaines voiles de portant assez volumineuses ont un comportement qui génère plus de contraintes dans certaines conditions. Nous avons par exemple constaté que la technologie Helix (voile sans câble de guindant) performante en mer plate peut être perfectible sous pilote automatique en mer agitée.

Deuxième aspect que j’étudierai, c’est la pure fiabilité. Même si on a peu de soucis de fiabilité et un gros vécu en IMOCA, on a observé que certaines manœuvres et erreurs de trajectoires pouvaient avoir un impact sur la voile notamment sur les nouveaux foilers où il y a encore matière à apprendre.

Comment te sens-tu à quelques jours du départ ?

Il y a forcément un peu d’appréhension, mais de l’excitation aussi. Les conditions de départ s’annoncent assez favorables avec une météo clémente et un vent modéré nord-est. J’ai plutôt hâte d’en découdre sur l’eau…