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THE OCEAN RACE EUROPE : PREMIERS ENSEIGNEMENTS

Au terme de trois semaines de compétition hauturière, Quentin Ponroy fait un premier bilan

📸 Pierre Bouras / TR Racing

Le 29 mai dernier à Lorient, Quentin Ponroy embarquait dans la toute première édition de the Ocean Race Europe (course en équipage avec escales) à bord de l’IMOCA LinkedOut. Le dessinateur de 34 ans, basé à la voilerie North Sails de Vannes et de Lorient, expert des plans de voilure pour IMOCA, s’exprimait avant le départ sur son implication dans cet événement nautique inédit. Grâce à sa double casquette, le dessinateur de terrain, comme il se définit, a su mettre à profit ses talents de navigant tout comme son expertise en voile. Au-delà du défi sportif, pour North il a analysé le comportement des voiles durant la compétition pour appréhender les limites de fonctionnement des formes volantes sous certaines conditions et mieux anticiper les conditions réelles. Ces données ont pour objectif de développer la prochaine génération de voiles.

Une expérience riche et instructive à tout point de vue

Après trois semaines de compétition, mais aussi de rebondissements et d’émotions, Quentin revient fort d’une expérience riche à tout point de vue. Non seulement il ajoute à son palmarès de navigant une 3e place au classement de The Ocean Race Europe dans la catégorie des IMOCA – aux côtés d’un équipage de professionnels chevronnés (Thomas Ruyant, Clarisse Crémer, Morgan Lagravière, Laurent Bourgue et François Pernelle) –, mais il aura surtout beaucoup appris sur le pilotage de ces machines puissantes et du réglage des voiles.

De retour à la voilerie derrière l’écran d’ordinateur, l’heure est au débriefing. Il était question de se pencher précisément sur trois éléments au cours de cette course. La fiabilité, la performance ainsi que la forme des voiles notamment les voiles Helix et enfin la manœuvrabilité.

« C’était une première pour moi à bien des égards, confie-t-il. Je n’étais pas habitué à régater sur des IMOCA à foils et dans ce format de compétition, mais tout s’est très bien passé. Les conditions étaient variées, ce qui nous a permis d’essayer toutes les configurations de voiles.

« Nous avons déjà conçu deux jeux de voiles pour ce bateau avec Antoine Koch, responsable des voiles chez LinkedOut, et les dessinateurs de North Sails France Gautier Sergent et Yann Andrillon : un jeu pour la dernière saison et un autre pour le Vendée Globe 2020-21, soit un total de huit voiles par jeu.

📸 Pierre Bouras / TR Racing

Il reconnaît que cette expérience de terrain a mis en relief de nombreux aspects parfois subtils à déceler en amont sur les modèles informatiques et même durant les sessions d’entraînement où les conditions ne sont pas toujours réunies pour exploiter le bateau à 100 % de son potentiel. « Aller à bord et relier la théorie à la pratique ne peut être que pertinent et cela fait partie de mon travail. Les sessions d’entraînement ne permettent pas toujours de creuser, car elles sont souvent courtes. Ces bateaux, étant des machines complexes, sont soit en chantier, soit en course », note-t-il.

Ce passionné de voile a donc pris la pleine mesure de son rôle en allant se confronter en conditions réelles de course. Une expérience qui s’avérait donc essentielle pour appréhender les véritables besoins des navigants, parfaire un jeu de voiles et réfléchir aux voiles de demain.

La fiabilité, un facteur primordial

La fiabilité est l’un des facteurs les plus importants lors de la conception d’une voile, explique Quentin. Les voiles doivent être solides pour durer surtout si elles doivent faire le tour du monde.

« Après le retour des skippers du Vendée Globe, on a observé que certaines manœuvres et erreurs de trajectoires pouvaient avoir un impact sur la voile notamment sur les nouveaux foilers où il y a encore matière à apprendre. »

Dans le vent léger, LinkedOut se comporte comme un IMOCA traditionnel équipé uniquement d’une quille et de dérives. Lorsqu’il accélère dans le temps fort, les foils créent beaucoup de puissance et le bateau réagit comme un multicoque. Les charges, la vitesse, les bruits, tout est amplifié. En revanche le comportement de la coque, d’un seul tenant, reste celui d’un monocoque qui est freiné violemment par les vagues.

Des premiers enseignements qu’il tire de ces semaines passées en mer, il constate que sur ces bateaux à foils comme LinkedOut, ce n’est pas seulement le bateau qui est soumis à des charges plus élevées, mais aussi les voiles. Lorsque la vitesse de navigation cible était de 25 nœuds, la vitesse du bateau fluctuait de 20 à 30 nœuds. En résumé, des charges plus élevées pour une plage de vitesse plus large.

📸 Sailing Energy/The Ocean Race

« Cela a un impact sur les voiles de deux manières différentes, explique-t-il. Premièrement, lorsque le bateau s’arrête dans une vague et perd soudainement 10 nœuds de vitesse, il y a un pic de charge dans les voiles qui est très élevé. C’était ma première forte impression et c’est un élément que nous devons prendre en compte dans nos prochains modèles. »

Comme l’équipage a tendance à régler en fonction de la plage de vitesse inférieure, les voiles ne sont pas assez bordées et battent beaucoup dès que le bateau accélère. Les stay sails sont les plus impactées. D’une évidence, les voiles n’aiment pas le battement, car ce dernier peut sérieusement endommager les voiles, précise-t-il. « Nous devons donc mettre en place des solutions pour gagner encore en résistance. »

Forme et performance, deux paramètres intrinsèquement liés

Un autre sujet mis en avant est la forme et la performance des voiles de portant. « Dans la course au large, il y a des incertitudes liées aux conditions de mer, à la nuit, à la météo, aux manœuvres, etc., informe Quentin. Certaines voiles peuvent avoir un comportement différent de ce que nous avions anticipé. Les voiles de portant par exemple sont assez volumineuses et génèrent plus de contraintes selon les conditions. »

C’est le cas de la voile Helix, une technologie exclusive à North Sails. Ces voiles à guindant structuré sont conçues pour redistribuer les charges du gréement à partir d’un câble ou d’un étai. « La classe IMOCA a commencé à l’adopter il y a quelques années, mais nous avons constaté que cette voile – performante en mer plate – peut être encore perfectible sous pilote automatique en mer agitée. À bord de LinkedOut, j’ai pu étudier son comportement et je conclus qu’une voile Helix à pleine charge n’est pas tout à fait réaliste sur ces bateaux le plus souvent pilotés en solitaire. Si les charges sont entièrement placées sur la voile, cela provoque une instabilité du guindant. Je pense qu’un ratio de 50/50 en termes de charge est un bon objectif pour l’instant, ce qui nous permet de bénéficier de la qualité principale d’Helix, une voile optimale et évolutive, sans en compromettre la performance ».

Les bateaux étant plus rapides d’année en année, il en ressort que la forme des voiles de portant se rapproche de plus en plus de celle des voiles de près, c’est-à-dire plus plates avec des volumes vers l’avant. « La différence de surface entre la grand-voile et la voile d’avant est essentielle et doit être précisément calculée. »

📸 Pierre Bouras / TR Racing

Réglages et manœuvres

Quant aux manœuvres, Quentin s’est essayé à presque toutes les faire avec Thomas à l’avant du bateau. « C’était génial, confie-t-il avec le sourire. Je connaissais la plupart des mouvements, mais j’ai appris à quel point certains d’entre eux sont longs et complexes. Nous étions un équipage de cinq personnes, donc ce n’est pas de la voile en solitaire, mais c’était vraiment instructif. Cela me permettra d’être plus précis et de penser à des choix de voiles plus cohérents à l’avenir. »

Autre apprentissage clé de cette expérience, élargir la plage d’utilisation d’une voile, c’est-à-dire permettre davantage de chevauchement entre chaque voile. L’avantage pour les marins est de retarder certaines manœuvres pour ne pas devoir toujours changer de voile. Plus une voile est polyvalente, plus vous l’utilisez plus longtemps, plus vous pouvez la pousser loin. »

Prochaines étapes

Dans l’immédiat, le projet de développement sur lequel planchent Quentin et l’équipe de design porte sur le spinnaker. « Nous avons quelques idées sur la façon de l’améliorer sans créer une toute nouvelle voile. Nous allons retravailler la voile existante, la recouper, changer sa forme et l’affiner. Nous pensons aussi à d’autres voiles de portant sur le long terme. Mais pour l’instant, il est trop tôt pour en parler…